23 octobre 2023

« Une histoire romaine » de Louis Philippe Dalembert par Bénédicte de la Librairie Trait d’union à Noirmoutier

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Tiraillée entre deux mondes que sépare le Tibre, Laura a bien du mal à s’affranchir des deux puissantes figures féminines qui ont marqué son enfance et son adolescence : rebelle de pacotille dans le bouillonnement politique et culturel des années 1970 et 1980, elle est insensiblement ramenée à sa double lignée, aristocratique et juive.

Sur la rive droite, dans le quartier huppé de Prati, la contessa veille à tenir son rang et à sauver les apparences, malgré les revers de fortune chez les De Pretis : avare d’effusions, elle fascine sa petite-fille par ses récits de la tradition familiale, si ancienne qu’elle semble s’apparenter à une légende. Elle n’a pourtant pas hésité à se séparer de l’impressionnante bibliothèque accumulée au fil des siècles, pour continuer de recevoir deux fois par semaine tout ce que Rome compte d’hôtes d’importance. Et quand sa fille, la récalcitrante Elena, qui deviendra la mère de Laura, et à qui elle désespérait de trouver un bon parti, lui présente enfin Giuseppe, son futur gendre, peu lui importe qu’il soit juif, l’essentiel étant qu’il ne soit pas dans la gêne et que l’union soit bénie par l’Église.

Son mariage avec ce garçon rencontré dans la station balnéaire de Sabaudia, où les Guerrieri possèdent une maison, conduit Elena à s’éloigner de son envahissante comtesse de mère et à s’installer Via Giulia, sur la rive gauche du fleuve. Au quatrième étage de l’immeuble où a grandi Giuseppe règne zia Rachele, tout le contraire de la matriarche de Prati : la plantureuse vieille dame, dont les poches débordent de dragées qu’elle distribue avec générosité à sa nombreuse parentèle, initie Elena, et plus tard Laura, à l’histoire de sa famille non pratiquante qui s’enorgueillit de lointaines racines romaines. Les lois raciales et la guerre l’ont durablement marquée, elle qui, avec sa fratrie, a été miraculeusement sauvée de la déportation grâce à un réseau de résistants. Après la guerre, les Guerrieri accoleront à leur patronyme chrétien leur nom juif, Sabatelli, abandonné à la montée du fascisme.

Maître dans l’art de tresser ces fortes destinées, Louis-Philippe Dalembert emporte le lecteur par l’intelligence, la finesse et l’humour avec lesquels il évoque le double héritage si lourd à porter pour sa descendante. Le personnage principal de son allègre roman n’en reste pas moins la ville de Rome, dont l’écrivain dessine, chemin faisant, un éblouissant portrait – nourri par sa connaissance intime de l’histoire, des charmes et des secrets de la Ville éternelle

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